WARREN (R. P.)

WARREN (R. P.)
WARREN (R. P.)

Robert Penn WARREN 1905-1989

Né en 1905 à Guthrie, petite ville du sud du Kentucky, Warren appartenait à une vieille famille sudiste; ses deux grands-pères avaient participé à la guerre de Sécession, et l’un d’eux chez qui il passait ses vacances aimait raconter les batailles auxquelles il avait participé. Son père, évoqué dans Who Speaks for the Negro? , était un personnage difficile avec qui le jeune Warren entretenait des relations ambiguës; Warren a reconnu que «le “vrai” et le “faux” pères [étaient] dans pratiquement toutes les histoires» qu’il écrivait.

Après ses études secondaires, le jeune Warren aurait aimé devenir officier de marine, mais une blessure à l’œil l’obligea à se replier sur les études et à s’inscrire à l’université Vanderbilt, où enseignaient alors le poète et critique John Crowe Ransom ainsi que Donald Davidsom qui lui fit lire The Waste Land de T. S. Eliot dès sa parution. Allen Tate était lui-même étudiant à l’université. Professeurs et étudiants se réunirent dans un groupe littéraire dynamique, les Fugitifs, qui publia deux revues dans lesquelles Warren fit paraître vingt-quatre poèmes. En quittant Vanderbilt en 1925, il alla à Berkeley pour y faire une maîtrise et ensuite à Yale. Une bourse lui permit d’aller passer deux ans à Oxford, de 1928 à 1930.

C’est pendant son séjour qu’on lui demanda d’écrire une biographie de John Brown, un des héros du mouvement anti-esclavagiste au XIXe siècle; l’ouvrage, John Brown. The Making of a Martyr , parut en 1929 et eut peu de succès. C’est alors aussi que Ransom, Davidson et Tate lui demandèrent d’écrire un essai pour l’important recueil d’articles I’ll Take My Stand (1930) destiné à défendre la culture agraire et jeffersonienne du Sud contre la culture industrielle et urbaine du Nord. Warren écrivit un article sur la ségrégation raciale, thème qu’il allait reprendre en 1956 dans Segregation. The Inner Conflict of the South pour dire aux gens du Sud que leur principal problème était d’«apprendre à vivre avec eux-mêmes».

Après avoir terminé ses études, il alla enseigner au Southern College, à Memphis, puis à l’université de Louisiane. C’est là qu’il rencontra Cleanth Brooks, un des fondateurs de la Nouvelle Critique avec qui il allait éditer le très influent ouvrage Understanding Poetry (1938) et fonder en 1935 la Southern Review où parurent des textes d’Auden, Burke, Eliot, Huxley, Blackmur, McCarthy et bien d’autres. Cette revue, l’une des plus importantes de son époque, disparut en 1942, date à laquelle Warren fut nommé responsable du programme de création littéraire à l’université du Minnesota à Minneapolis. En 1950, il passa à Yale pour y enseigner l’écriture de théâtre; il démissionna de ce poste en 1956.

À partir des années 1940, son parcours personnel se confondit avec sa carrière littéraire qui avait débuté avec la publication des Thirty-Six Poems en 1935. En France, on a tendance à oublier que Warren était d’abord un poète. Il publia notamment Eleven Poems on the Same Theme (1942), Brother to Dragons (1953), Promises (1957) qui lui valut le prix Pulitzer, You, Emperors, and Others (1960), Audubon. A Vision (1969), Or Else-Poem (1975), et Chief Joseph of the Nez Percé (1983). Dans son essai Pure and Impure Poetry (1943), il a exposé ses principes naturalistes en matière de poésie, insistant sur la nécessité de faire coexister le vulgaire et le métaphysique, afin de créer un effet de choc et de montrer la nature duelle de l’individu. C’est ainsi que le langage populaire et le langage plus formel se côtoient dans ses poèmes. Le projet poétique de Warren était avant tout existentiel comme le suggère cette phrase tirée de Democracy and Poetry (1975): «Ce que la poésie célèbre avec le plus de force, c’est la capacité de l’homme à se confronter à l’intériorité profonde et obscure de sa nature et de son destin.»

On retrouve aussi ce projet dans les romans. Le premier, Night Rider (1939), insiste sur la dimension morale des combats que se menaient alors les planteurs du Sud. Le deuxième, At Heaven’s Gate (1943), dénonce avec force le vide spirituel dont souffre le Nord urbain. Le troisième, All the King’s Men (1946, prix Pulitzer), montre ce que deviennent certains hommes au contact de la politique. Le héros de ce roman n’est pas Willie Stark, réplique du gouverneur démagogue Huey Long, mais son complice Jack Burden, un journaliste féru d’histoire qui nous montre comment l’avidité des uns et les petites lâchetés des autres provoquent le pourrissement des mœurs. La technique de ce roman est assez complexe: les nombreux retours en arrière permettent à Burden d’effectuer une «excursion dans le passé». Ce roman fut porté à l’écran en 1949 et marqua sans doute le sommet de la gloire pour Warren. Il fut suivi en 1950 par World Enough and Time , fondé sur un fait-divers de 1825, la célèbre tragédie du Kentucky au terme de laquelle une femme avait conduit son mari à assassiner un colonel qui l’avait autrefois séduite. Au lieu de faire raconter l’histoire par un des acteurs, Warren a inventé un historien anonyme qui a découvert la vérité dans un journal intime. Dans A Band of Angels (1955), Amantha Starr, fille de planteur, raconte à la première personne comment elle a été vendue en esclavage pour payer les dettes de son père, puis émancipée lors de la guerre de Sécession. Dans The Cave (1959), Warren a écrit une sorte de version moderne de l’allégorie de la caverne de Platon. Wilderness (1964), Meet Me in the Green Glen (1971) se passent tous les deux dans le Tennessee et examinent l’évolution économique et sociologique de la région. Le roman le plus important et aussi le plus autobiographique de ces vingt dernières années est A Place to Come to (1977). Il raconte l’histoire d’un professeur de soixante ans qui passe en revue sa propre vie et découvre le poids du passé sur son destin. La structure narrative est assez complexe, avec une multitude d’enchâssements et de retours en arrière.

Universitaire et critique de talent, Robert Penn Warren a su mener de front sa carrière poétique et romanesque, tout en restant fidèle à son Sud natal.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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